Introduction

Avez-vous déjà vécu ou vu la situation suivante ?

« Le PDG veut l’option A ». Après que les deux premiers managers ont soutenu « A », les autres se rallient rapidement (« Alors je choisis aussi A »), sans exprimer leur propre analyse. Cela correspond au fait de suivre/imiter le groupe. Comportement grégaire lors de la réunion (comportement visible)

Personne n’ose plus remettre en question les risques, les hypothèses ou les données (« Nous sommes tous d’accord »), et la contradiction est perçue comme « déloyale ». Cela correspond à la pensée de groupe : le groupe aboutit à une façon de penser commune qui étouffe la critique. Esprit de groupe dans la réunion (climat sous-jacent).

Qu’est-ce que le comportement grégaire et l’esprit grégaire ?

Une définition parle de la tendance des individus à imiter/suivre le comportement du groupe. Dans une telle situation, une personne pense souvent moins de manière indépendante et suit le groupe presque « automatiquement ». On observe également ce phénomène dans les équipes/organisations, car les gens ont instinctivement tendance à suivre la majorité.

Le esprit de groupe est souvent utilisé pour désigner l’atmosphère mentale/état d’esprit dans lequel le groupe « pense dans le même sens » et où les opinions divergentes ont moins de chances de s’exprimer — ce que la psychologie appelle souvent le pensée de groupe. Il s’agit de penser dans le même sens (au niveau mental/culturel), ce qui facilite l’apparition d’un comportement grégaire.

Le comportement grégaire n’est pas seulement observable au sein d’une entreprise, mais également très souvent au sein d’une même entreprise. L’organisation A utilise l’évaluation X. L’organisation B décide d’utiliser la même évaluation, non pas parce qu’elle est utile ou valide (l’organisation A aura fait ses devoirs…), et l’évaluation X est donc également utilisée dans l’organisation B. Sans se soucier de la qualité et de la validité.

Le rôle du climat organisationnel et de la diversité cognitive dans la pensée de groupe

Climat organisationnel

  1. Sécurité psychologique

Des méta-analyses récentes montrent que les équipes bénéficiant d’une sécurité psychologique élevée génèrent jusqu’à 27 % d’idées innovantes en plus et réalisent 19 % de mises en œuvre réussies en plus que les équipes qui ne bénéficient pas de cette sécurité (Edmondson, 1999 ; Journal of Applied Psychology, 2023).

La sécurité psychologique, définie comme la conviction partagée que les membres de l’équipe peuvent prendre des risques interpersonnels sans craindre de conséquences négatives, s’avère ainsi être l’un des meilleurs prédicteurs des résultats innovants d’une équipe.

  1. Pression temporelle et manque de confiance

La pression temporelle et le manque de confiance renforcent l’esprit de groupe et le comportement grégaire. Des études expérimentales montrent que sous une forte pression temporelle, la tendance à la conformité et à la pensée de groupe augmente considérablement au sein des équipes. Une étude aléatoire en laboratoire a montré qu’une forte conformité, stimulée par des récompenses pour l’alignement du groupe et des sanctions pour la déviation, entraînait une forte diminution du nombre de décisions tenant compte de l’opinion minoritaire (37,7 % en cas de forte conformité contre 61,5 % en cas de faible conformité, p < 0,001).

Dans des environnements stables, les groupes à forte conformité ont obtenu des résultats légèrement meilleurs, mais dès que l’environnement a changé, leurs performances ont baissé de manière significativement plus forte que celles des groupes à faible conformité (de 0,79 à 0,37 choix corrects, p = 0,005).

La confiance au sein des équipes est un indicateur essentiel de la sécurité psychologique et de la créativité. Des méta-analyses confirment que la confiance au sein de l’équipe a un effet positif supérieur à la moyenne sur les performances de l’équipe (ρ = 0,30).

La combinaison de la pression du temps et de la confiance détermine dans une large mesure la capacité d’innovation des équipes. Sous une forte pression du temps, les équipes ne sont performantes que s’il existe un niveau élevé de confiance et de sécurité psychologique. Dans les situations où la confiance est faible, la pression du temps conduit à plus de conformité et moins d’innovation, tandis que dans les équipes où la confiance est forte, la pression du temps peut au contraire conduire à une motivation accrue pour l’apprentissage et à l’innovation, à condition d’être soutenue par un retour d’information axé sur le développement de la part des dirigeants.

La diversité des compétences au sein des équipes renforce l’effet positif du leadership humble sur la réflexion et l’innovation de l’équipe, en particulier lorsque les membres de l’équipe sont encouragés à partager différents points de vue.

Diversité cognitive

La diversité cognitive, c’est-à-dire les différences en termes de connaissances, de perspectives et de styles de résolution de problèmes, s’avère être un puissant moteur d’innovation. Des recherches empiriques menées dans des environnements complexes, telles que les travaux de Sauer et al. (2006), montrent que les équipes ayant différents niveaux de compréhension du système obtiennent des résultats nettement meilleurs dans les tâches complexes. Ces équipes réagissent plus rapidement et avec plus de précision aux situations inattendues et commettent moins d’erreurs. Le type de diversité cognitive est important à cet égard : la diversité dans la profondeur de la compréhension et l’approche des problèmes est plus profitable que la simple spécialisation fonctionnelle.

D’autres études confirment que la diversité cognitive ne conduit à l’innovation que s’il existe une compréhension mutuelle suffisante et un langage commun au sein de l’équipe. Les équipes très diversifiées mais peu communes dans leur compréhension sont plus souvent confrontées à des malentendus et à des conflits, ce qui entrave justement l’innovation.

Un leadership qui s’attache à développer un langage commun et à faciliter le débat permet de tirer pleinement parti des avantages de la diversité cognitive.

  1. Le modèle VIEW, qui cartographie les styles de résolution de problèmes (https://www.o2c2. eu/organisaties/oplossingen/innovatievermogen-opbouwen/betrokken-teams), a été validé scientifiquement et montre que les équipes composées à la fois d’explorateurs (axés sur l’innovation) et de développeurs (axés sur l’optimisation) sont plus créatives et mieux résistantes à la pression du groupe. L’équilibre entre le travail externe (réflexion à voix haute) et interne (réflexion introspective), ainsi qu’entre l’orientation vers les tâches et l’orientation vers les relations, contribue également à prévenir le comportement grégaire et à stimuler l’innovation

La diversité cognitive est un puissant moteur d’innovation, à condition qu’elle soit bien gérée. Des recherches empiriques menées dans des environnements techniques complexes montrent que les équipes ayant des modes de pensée diversifiés obtiennent des résultats nettement meilleurs dans les tâches complexes. Des études contrôlées ont montré que les équipes présentant une diversité dans la compréhension des systèmes obtenaient de meilleurs résultats dans l’exécution des tâches principales et agissaient de manière plus efficace dans des scénarios imprévus. Ces avantages se manifestaient principalement dans la diversité de la profondeur de compréhension, et non pas uniquement dans la spécialisation fonctionnelle (Sauer et al., 2006).

Dans le même temps, des analyses indiquent que la diversité cognitive peut également entraîner des problèmes de communication et des conflits, en particulier lorsque les membres de l’équipe ne sont pas ouverts aux perspectives des autres ou lorsque la sécurité psychologique est insuffisante (Mansoor et al., 2013).

Du comportement de troupeau à l’agilité

La première étape pour être agile consiste à repérer les signaux.

Être agile signifie être capable de repérer les signaux provenant du monde extérieur et d’y réfléchir, tels que les changements dans les attentes des clients, les nouvelles menaces ou les nouvelles opportunités. Des études montrent que les équipes présentant une grande diversité cognitive, caractérisées par des parcours, des compétences et des modes de pensée différents, sont nettement plus aptes à détecter les signaux faibles ou ambigus. Comme chacun est attentif à des signaux différents et comprend les choses à sa manière, le groupe est moins susceptible de passer à côté de changements importants ou de se retrouver bloqué dans des angles morts. Il est important d’avoir des opinions très diverses afin d’être alerté à un stade précoce et de savoir ce qui se passe dans des situations difficiles à comprendre et en constante évolution. Cela aide les équipes à identifier des schémas et à se préparer aux changements avant qu’ils ne deviennent nécessaires.

La sécurité psychologique facilite la circulation de l’information.

Mais il ne suffit pas d’avoir des points de vue différents. Même si ce qu’ils voient n’est pas normal, les membres de l’équipe doivent se sentir libres de s’exprimer, de partager leurs idées et de signaler immédiatement les anomalies. Cela permet de reconnaître rapidement les signaux et d’y réagir. Veiller à ce que tous les membres de l’équipe se sentent en sécurité sur le plan psychologique est un élément important de ce processus. Cela signifie qu’ils ne doivent pas avoir peur de prendre des risques avec les autres. Les gens sont plus enclins à s’exprimer, à partager de nouvelles idées et à admettre leurs torts lorsqu’ils se sentent en sécurité sur le plan mental. Cette ouverture facilite la diffusion rapide et en plus grande quantité des informations. Cela réduit le risque que les informations soient filtrées ou que l’organisation reste silencieuse, ce qui pourrait entraîner la perte ou la dissimulation de signaux importants. Cela aide les équipes à détecter et à résoudre beaucoup plus rapidement les problèmes susceptibles de se poser, ce qui leur permet de mieux s’adapter aux changements.

Des processus structurés vous aident à obtenir des réponses rapides

La rapidité avec laquelle un groupe ou une équipe peut trouver et mettre en œuvre de nouvelles solutions après avoir détecté un signal dépend de la manière dont ils ont mis en place leurs processus de résolution de problèmes. Des études montrent que les individus peuvent résoudre des problèmes de manière indépendante, mais que les groupes obtiennent de meilleurs résultats lorsqu’ils adoptent une stratégie plus méthodique. Les dirigeants qui aident les équipes à suivre des étapes claires, telles que l’identification du problème, la recherche de solutions, l’évaluation des avantages et des inconvénients de chaque option et l’élaboration d’un plan de mise en œuvre, veillent à ce que chacun puisse s’exprimer et à ce qu’il n’y ait pas de confusion. Ce processus structuré accélère non seulement le cycle d’apprentissage, mais conduit également à des réponses meilleures et plus créatives.

En utilisant ces méthodes, les équipes évitent de s’enliser dans des discussions interminables ou de prendre des décisions trop hâtives. Elles n’attendent pas, mais passent rapidement de la recherche de signaux à l’action.

Références :

Conformité, zones cérébrales et créativité

Conformité

Cortex préfrontal médian (mPFC) et gyrus cingulaire antérieur (ACC) dans la conformité. Ces zones cérébrales sont activées lorsque les individus remarquent que leur opinion diverge de celle du groupe, ce qui entraîne un malaise et une impulsion à se conformer.

Source :

Klucharev, V., Hytönen, K., Rijpkema, M., Smidts, A., & Fernández, G. (2009). Reinforcement learning signal predicts social conformity. Neuron, 61(1), 140-151. https://doi.org/10.1016/j.neuron.2008.11.027

Une étude IRMf montre l’activation de l’ACC et du mPFC en cas d’opinions divergentes au sein d’un groupe et prédit l’adaptation du comportement aux normes du groupe.

Berns, G. S., Chappelow, J., Zink, C. F., Pagnoni, G., Martin-Skurski, M. E., & Richards, J. (2005). Corrélats neurobiologiques de la conformité sociale et de l’indépendance pendant la rotation mentale. Biological Psychiatry, 58(3), 245-253. https://doi.org/10.1016/j.biopsych.2005.04.012

Influence sociale et adaptation des décisions à la pression du groupe

Revue des recherches en IRMf sur l’influence sociale, en mettant l’accent sur le CPFm et le CCA. L’activation du CCA est observée lors de conflits sociaux et l’implication du CPFm lors de l’adaptation des décisions à la pression du groupe.

Izuma, K., Adolphs, R., & O’Doherty, J. P. (2015). The neural basis of social influence and attitude change. Current Opinion in Neurobiology, 23(3), 456-462. https://doi.org/10.1016/j.conb.2013.03.009

Influence du comportement grégaire

Synchronisation cérébrale dans le gyrus frontal inférieur (IFG) associée à l’imitation et à des solutions de groupe moins originales

- La synchronisation dans les zones liées à l’imitation, telles que l’IFG, est associée à un comportement plus grégaire et à moins de créativité. L’hyperscanning montre que la synchronisation de l’IFG est associée à l’imitation et à l’alignement comportemental dans les groupes.

Sources :

Jiang, J., Dai, B., Peng, D., Zhu, C., Liu, L., & Lu, C. (2012). Neural synchronization during face-to-face communication. Journal of Neuroscience, 32(45), 16064-16069. https://doi.org/10.1523/JNEUROSCI.2926-12.2012

Xie, H., Jiang, Y., Li, X., & Lu, C. (2020). Interpersonal brain synchronization in the IFG predicts behavioral conformity after group discussion. NeuroImage, 211, 116633. https://doi.org/10.1016/j.neuroimage.2020.116633

Preuve directe que la synchronisation IFG prédit la conformité du groupe.

Liu, N., Mok, C., Witt, E. E., Pradhan, A. H., Chen, J. E., & Reiss, A. L. (2016). L’hyperscanning basé sur la NIRS révèle une synchronisation neuronale inter-cerveau pendant un jeu coopératif de Jenga avec communication en face à face. Frontiers in Human Neuroscience, 10, 82. https://doi.org/10.3389/fnhum.2016.00082

 

Influence sur l’innovation

La synchronisation dans le cortex préfrontal dorsolatéral (DLPFC) prédit la flexibilité cognitive et l’innovation

Sources :

Lu, K., Xue, H., Nozawa, T., & Hao, N. (2019). La coopération rend un groupe plus créatif. Cerebral Cortex, 29(8), 3457-3470. https://doi.org/10.1093/cercor/bhy217

L’hyperscanning fNIRS montre que la synchronisation du DLPFC prédit la créativité et la flexibilité du groupe.

Xue, H., Lu, K., Hao, N., & Liu, J. (2018). La synchronisation cerveau-cerveau dans le DLPFC droit sous-tend la performance créative du groupe. Social Cognitive and Affective Neuroscience, 13(8), 849-860. https://doi.org/10.1093/scan/nsy060

La synchronisation du DLPFC est positivement corrélée à la performance innovante du groupe.

Sun, Y., Zhang, W., Tang, H., & Wang, Y. (2020). La synchronisation inter-cerveau dans le DLPFC favorise la génération d’idées créatives en groupe. NeuroImage, 206, 116311. https://doi.org/10.1016/j.neuroimage.2019.116311

La synchronisation du DLPFC prédit la pensée divergente et l’innovation dans les équipes.

Méta-analyses et études récapitulatives

La base neurologique de la conformité, de l’imitation et de la créativité est largement étayée par des méta-analyses.

  • Sources :
    • Wu, X., Yang, W., Tong, D., Sun, J., Chen, Q., Wei, D., … & Qiu, J. (2015). A meta-analysis of neuroimaging studies on divergent thinking using activation likelihood estimation. Human Brain Mapping, 36(7), 2703-2718. https://doi.org/10.1002/hbm.22801

Aperçu des zones cérébrales impliquées dans la créativité : DLPFC, IFG, mPFC, ACC.

DLPFC et IFG comme zones clés pour la flexibilité et l’imitation, respectivement.

    • Czeszumski, A., Eustergerling, S., Volz, L. J., King, J. A., & König, P. (2020). Hyperscanning : une méthode valide pour étudier les fondements neuronaux inter-cérébraux de l’interaction sociale. Frontiers in Human Neuroscience, 14, 39. https://doi.org/10.3389/fnhum.2020.00039