La sécurité psychologique au travail : d’un mot à la mode à un climat mesurable

La sécurité psychologique est la conviction partagée au sein d’une équipe selon laquelle il est possible de prendre des risques interpersonnels — poser une question, admettre une erreur, proposer une idée divergente — sans être sanctionné ou humilié pour cela. Ce concept a été inventé par la professeure de Harvard Amy Edmondson et s’est révélé, dans le cadre du projet Aristote de Google, être le principal indicateur de l’efficacité d’une équipe — plus important encore que la composition de celle-ci.

La sécurité psychologique n’est pas une notion abstraite, mais un aspect mesurable du climat organisationnel, et peut donc être améliorée de manière ciblée.

Ce qu’est la sécurité psychologique — et ce qu’elle n’est pas

Les recherches initiales d’Edmondson ont commencé par une énigme. Elle a étudié des équipes médicales et s’attendait à ce que les meilleures équipes signalent le moins d’erreurs. C’est l’inverse qui s’est avéré vrai : les équipes les plus performantes signalaient davantage d’erreurs. Non pas parce qu’elles en commettaient davantage, mais parce qu’elles se sentaient suffisamment en sécurité pour les signaler — et donc pour en tirer des leçons.

C’est là l’essentiel : la sécurité psychologique concerne l’apprentissage et l’expression, et non le confort. Trois idées reçues persistent :

 Ce n’est pas une question de gentillesse. Une équipe où personne ne contredit personne est généralement psychologiquement instable : les gens se taisent parce que s’écarter de la ligne officielle leur semble risqué. Dans les équipes où règne la sécurité, au contraire, les débats sont animés — sur le fond.

 Ce n’est pas un abaissement des exigences. La sécurité sans ambition donne une équipe apathique. Edmondson elle-même souligne que les performances élevées naissent de la combinaison d’une grande sécurité psychologique et de normes élevées.

Ce n’est pas une question de personnalité.
La sécurité est une caractéristique de l’équipe, pas une qualité individuelle. Une même personne qui s’exprime librement dans une équipe peut se taire dans une autre. Cela signifie qu’elle est influençable — par le climat qui règne au sein de l’équipe.

Pourquoi cela prédit l’innovation

Par définition, l’innovation commence par l’expression d’une idée qui n’a pas encore fait ses preuves : une idée à moitié mûrie, une association farfelue, une remise en question de l’approche existante. Toutes ces prises de parole comportent un risque interpersonnel. Dans un climat d’insécurité, chacun se pose silencieusement la même question — « qu’est-ce que cela va me coûter de dire cela ? » — et la réponse est trop souvent : « trop ». Il en résulte une organisation regorgeant de bonnes idées qui ne sont jamais exprimées.

Google l’a confirmé à grande échelle : dans le cadre du projet Aristote, une étude interne portant sur des centaines d’équipes, la sécurité psychologique est apparue comme le facteur déterminant des équipes innovantes et performantes — avant même la composition, l’expérience ou le génie individuel.

Du concept à la mesure : la sécurité en tant que dimension du climat d’entreprise

C’est là que cela devient concret. La sécurité psychologique peut sembler abstraite, mais elle est mesurable — et ce, dans le cadre du climat organisationnel au sens large : l’ambiance de travail telle que les collaborateurs la vivent au quotidien.

Dans la tradition des études sur le climat organisationnel de Göran Ekvall et Scott Isaksen, mesurée à l’aide du Situational Outlook Questionnaire (SOQ), la sécurité psychologique transparaît le plus clairement dans la dimension « confiance et ouverture » : les personnes osent-elles s’exprimer, les idées sont-elles traitées avec respect, peut-on compter les uns sur les autres ? Mais les dimensions environnantes en disent long elles aussi : de nombreux débats accompagnés de peu de conflits personnels sont le signe d’une équipe à la fois sûre et ambitieuse, tandis que l’esprit ludique et la prise de risque montrent si les personnes osent se montrer vulnérables.

 L’avantage d’une telle évaluation du climat par rapport à un simple questionnaire sur la sécurité : elle permet d’observer la sécurité en lien avec les autres conditions propices à l’innovation, ventilées par équipe, avec cinquante ans de données de référence. Pour savoir comment fonctionne une telle évaluation, consultez notre article sur la mesure du climat d’innovation ; l’accompagnement est assuré par un praticien SOQ certifié.

Ce que les dirigeants peuvent faire concrètement

La sécurité psychologique se construit — ou se détruit — au fil de centaines de micro-moments, et les dirigeants y jouent un rôle prépondérant. Voici quatre comportements dont l’efficacité a été prouvée :

Montrez l’exemple en matière de vulnérabilité.

L’intervention la plus rapide est celle du dirigeant qui dit lui-même : « Je me suis trompé sur ce point » ou « Je ne sais pas ». Chaque fois qu’un dirigeant fait preuve de faillibilité sans perdre la face, l’équipe réévalue son calcul des risques.

Réagissez de manière constructive aux mauvaises nouvelles.

Ce n’est pas la déclaration de mission qui détermine la sécurité, mais ce qui se passe dans les trente secondes qui suivent le signalement d’un problème ou l’aveu d’une erreur. La curiosité (« Que pouvons-nous en tirer comme leçon ? ») renforce ; l’irritation détruit — aux yeux de tous ceux qui observent.

Donnez la parole aux voix silencieuses.

Ne vous fiez pas à la formule « ma porte est toujours ouverte ». Invitez explicitement à s’exprimer (« qu’est-ce qu’on néglige ? ») et utilisez des méthodes de travail qui permettent à chacun de s’exprimer — séances d’écriture silencieuses, tour de table, petits groupes. Les équipes diffèrent en outre par leur mode de réflexion : ceux qui connaissent les styles de résolution de problèmes savent que les « penseurs internes » ont besoin d’un espace que la réunion classique ne leur offre pas.

Distinguez le débat du conflit.

Normalisez les divergences de fond et rendez les attaques personnelles inacceptables. Un animateur qui sépare la génération d’idées de leur évaluation — comme dans les sessions bien animées — intègre structurellement cette norme.

C’est là l’essence même de ce que nous appelons le leadership facilitateur : le dirigeant en tant qu’architecte du climat, et non en tant que personne la plus intelligente de la salle.

Commencez par mesurer

Travailler sur la sécurité psychologique sans mesure, c’est comme naviguer sans boussole : vous ne savez pas où vous en êtes, quelles équipes rencontrent des difficultés, ni si vos interventions sont efficaces. Une évaluation du climat SOQ fournit cette mesure de référence — et transforme un mot à la mode en une donnée exploitable.

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Questions fréquentes

La sécurité psychologique peut-elle être mesurée à l’aide d’un questionnaire succinct ?

L’échelle à 7 items d’Edmondsons donne une première indication. Pour obtenir des informations exploitables — par équipe, en lien avec les autres conditions d’innovation, avec des références comparatives —, une évaluation complète du climat, telle que le SOQ, est plus adaptée.

Combien de temps faut-il pour instaurer la sécurité psychologique ?

Le climat évolue plus rapidement que la culture : les équipes qui s’y consacrent de manière ciblée constatent une différence en l’espace de quelques mois. Un seul incident mettant en cause la sécurité peut toutefois réduire à néant des mois d’efforts — la cohérence prime sur les grands gestes.

À qui incombe cette responsabilité ?

Tout le monde y contribue, mais le comportement du supérieur hiérarchique direct a un poids disproportionné. C’est pourquoi les parcours efficaces commencent presque toujours par la direction.

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